24 mai 2010

Douceurs et délices d'Anatolie

Comptines_de_miel_et_de_pistacheComptines de miel et de pistache, 29 comptines arméniennes, grecques, kurdes et turques ( coordination vocale Nathalie Soussana, réalisation musicale Jean-Christophe Hoareau, illustrations de Delphine Jacquot, éditions Didier Jeunesse, collection Comptines du monde)

Décidément, l’éditeur Didier Jeunesse ne cesse de nous choyer ! Comptines de miel et de pistache, dernier titre de la collection « Comptines du monde » nous met d’entrée l’eau à la bouche.

Ce livre-cd a été réalisé dans le cadre de l’année de la Turquie et nous mène au cœur de l’Anatolie ( Asie Mineure) et de la Grèce. 

Voyage musical, culinaire au cœur du berceau culturel de notre civilisation.

28 plages musicales pour découvrir quatre langues, quatre cultures singulières et complémentaires liées par leur géographie et leur histoire.Des comptines, berceuses et danses arméniennes, grecques, kurdes et turques. De beaux chants d’amour, des comptines impertinentes qui s’amusent avec le langage, les onomatopées. Ambiances douces, tristes, gaies, rythmes enlevés ou au contraire lents qui prennent le temps de raconter les rencontres, les joies, les peines, les découvertes.

Le CD s’ouvre sur une berceuse turque Ilgaz . Ilgaz est une montagne anatolienne du Nord de la Turquie. Fermez les yeux et le voyage peut commencer. La flûte bulgare, le kaval, à la sonorité si typique de ces régions puis la douce voix masculine nous content la beauté des paysages d’Anatolie, les montagnes aux sommets enneigés.

Le voyage continue. Thalassaki (Petite mer) est une chanson grecque d’amour désespérée. Une jeune fille adresse une prière à la mer pour qu’elle épargne son fiancé marin :

« Mer, mer, ô les marins,

Petite mer,

Ne les secoue pas trop,

Petite mer,

Fais revenir mon petit oiseau »

Puis Lorî (Fais dodo), berceuse kurde évoque les conditions de vie rudes des femmes kurdes qui peinent à trouver leur place dans une société dominée par les hommes. Dans cette chanson à la mélodie triste mais ô combien sublime (à chaque fois que je l’écoute, j’ai le cœur qui se noue), la mère confie à son enfant ses émotions, l’absence du père, lui parle sans tabou des difficultés que les adultes rencontrent dans la vie.

Mais je vous entends déjà dire que tout ça n’est pas très gai surtout pour des enfants. C’est oublier qu’à l’origine, beaucoup de nos berceuses du monde entier sont issues des chansons traditionnelles composées par des adultes, pour des adultes qui se font les passeurs de notre histoire. Des chansons qui évoquent la vie quotidienne, les amours trahis, la famine, les fêtes et cérémonies… Ce patrimoine oral a ensuite été récupéré, parfois adapté, ou laissé en l’état, pour les enfants. Tout comme les contes, qui n’étaient au départ pas destinés aux enfants.Parenthèse fermée.

Il n’y a pas que du triste et du mélancolique dans ce superbe livre-cd. On s’y amuse aussi. Ah mais si ! On apprend à compter jusqu’à dix en arménien sur un rythme entraînant mené par le dehol ( cousin arménien de la grosse caisse) dans Még, yérgou, yérék ( Un, deux trois).

Dans Kounia Bella (Jolie balançoire), on reconnaît l’air de Bateau sur l’eau et le bouzouki ( instrument grec traditionnel, sorte de luth à manche long) s’accorde à merveille au jeu de balancement de cette comptine.

La chanson grecque du petit coq To Kokoraki joue avec malice sur les onomatopées des cris des animaux.

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L’album lui-même n’est pas en reste avec la qualité des compositions musicales du CD.

Les illustrations de Delphine Jacquot à dominance de bleus et de couleurs chaudes sont magnifiques : mise en scène de personnages silhouettes et d’animaux sur des motifs issus des tapisseries orientales, décors floraux.

Comme pour tous les albums de cette collection « Comptines du monde », la partie documentaire n’est pas négligée. Une carte géographique permet de situer les endroits cités, suivent une introduction historique puis une explication sur les langues abordées et, cerise sur la gâteau, toutes les comptines et berceuses de ce livre-CD sont détaillées, décortiquées à la fin de l’album. On y découvre tous les instruments entendus, les contextes historiques, sociaux, culturels qui ont donné naissance à une mélodie, une chanson.

Certainement pour moi, le meilleur album de cette collection. Un très très bel album sonore qui mérite d’être écouté, lu par tous les publics, du tout petit à l’adulte.



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